Entretien avec Achille Nikos

 

les Grecos est le surnom des collaborateurs au régimePremier roman: les suicides étaient presque parfaits - Achille Nikos

 

CS : Qu'est-ce qui vous a poussé à publier vos enquêtes au service d'Albin Canin ?

AN : Tout est dans l'avant-propos du premier roman : rendre hommage au Génie d'Albin Canin, évoquer les heures sombres que notre pays a vécu, et vivra sans doute, pour ce qui vous concerne. Et bien sûr, partager ces aventures dans l'espoir de distraire mon lecteur.

CS : Les suicides étaient presque parfaits est-il un roman de science-fiction ?

AN : Absolument pas. Je relate fidèlement un futur qui est le vôtre, un futur certainement moins exotique que l’imaginent beaucoup de vos auteurs de science-fiction. Je suis désolé de décevoir mes lecteurs de votre siècle en leur annonçant, qu'à l'heure à laquelle je vous parle, l'homme n'a toujours pas rencontré d'extra-terrestres, le cancer tue toujours, et les avancées technologiques ne sont pas aussi spectaculaires qu'ils auraient pu l'espérer.

CS : Justement, quelle est, pour vous, le plus grand progrès apparu durant ces cinquante dernières années ?

AN : Certainement le moteur à fission ionique, qui a partiellement résolu nos problèmes de dépendance pétrolière. Le reste n'est que perfectionnement et aboutissement de techniques déjà imaginées à votre époque.

CS : Comment expliquer que l'essor scientifique observé depuis la fin de la seconde guerre mondiale ait connu un tel ralentissement ?

AN : Je vois deux raisons majeures à cela. D'abord, une époque où la dictature règne sur l'ensemble des nations à la pointe de la science ne favorise pas l'éclosion du savoir. Le fait que les grandes nations aient vécu en autarcie pendant un bon demi-siècle a mis fin à la communication entre les scientifiques. Pour vous donner un exemple qui vous sera plus familier, sachez que l'Allemagne nazie, bien qu'à la pointe dans de nombreux domaines (chimie, fusées...), avait aussi accumulé d'énormes retards dans d'autres secteurs (nucléaire, radar... pour ne parler que des applications militaires). En cosmologie, les nazis défendaient la théorie de la « terre creuse », qui prétendait que nous vivions à l'intérieur d'un gigantesque ballon, qui emprisonnait un petit soleil en son centre.

CS : Sérieusement ?

AN : Absolument, du moins jusqu'à ce que ses promoteurs soient envoyés en camp de concentration après l'échec d'une mission scientifique qui était sensée leur permettre d'observer la position de la flotte anglaise, par réflexion d'ondes sur l'intérieur de notre terre creuse. Pendant, ce temps-là, avec Einstein, Friedmann, Hubble, Lemaître, naissait la théorie du Big Bang. Dans un monde libre, chaque pays apporte sa contribution à la science, qui avance donc beaucoup plus rapidement et aussi plus sainement.

CS : Quid des autres causes de ce ralentissement du progrès scientifique ?

AN : Votre civilisation vit la « révolution quantique ». Les physiciens de la fin du 19ième siècle pensaient qu'à part quelques détails, ils vivaient la fin de leur science. Ces « détails » étaient l'expérience de Michelson et les raies optiques de l'hydrogène, qui ont respectivement conduit à la découverte de la relativité et à celle de la mécanique quantique. Par le biais de l'une de ses filles, l'électronique, la mécanique quantique a bouleversé la technologie humaine. Cependant, vers les années 20, je parle bien sûr des années 2020, l'exploitation de cette science est devenue de plus en plus ardue : la mine était presque asséchée. En attendant d’autres révolutions scientifiques, il restait heureusement encore à exploiter la théorie de la relativité, ce qui a conduit au moteur à fission ionique...

CS : Et ce qui nous permet « aujourd’hui » de dialoguer ensemble, à un siècle de distance...

AN : Je ne désire pas approfondir ce sujet, comme vous le savez bien...

CS : Revenons à votre roman. Pouvez-vous nous en parler, sans déflorer le mystère, bien sûr ?

AN : Vous me demandiez si l’on pouvait le qualifier de roman de science-fiction. En fait, si vous considérez l’ambiance générale, vous pourriez sûrement y voir des similitudes avec une autre époque douloureuse que notre pays a vécu : il y a certainement un air de France vichyste dans la Réaction Nationale. Quant à l’histoire elle-même, je n’en dirai pas plus qu’il n’est dévoilé dans le quatrième de couverture.

CS : Du sexe, de la violence, de l’humour, du mystère ?

AN : Pour faire court : pas du tout, un peu, beaucoup, à la folie... Pour le sexe, mentionnons quand même une petite visite dans le monde des filles-visiophoniques (Call-girls ; note de CS), et le fait que les motivations sexuelles des uns et des autres font partie intégrante de cette histoire. Mais vous ne trouverez pas de scènes torrides, désolé. Pour ce qui est de la violence, en dehors de quelques bagarres, de quelques interrogatoires un peu musclés, et d’un certain nombre de cadavres affreusement mutilés, nombre que je ne révélerai pas ici, je pense que ce n’est pas un élément essentiel de cette première enquête.

CS : Et des autres ?

AN : Je ne décris que la violence à laquelle j’ai été confronté, mais sans en rajouter. Il est vrai que dans Têtes qui roulent amassent la frousse, le lecteur aura sa dose d’hémoglobine. Mais la faute doit être amputée,... pardon imputé, à/aux auteur(s) de ces meurtres scabreux.

CS : L’humour ?

AN : Afin de mieux faire passer l’ambiance lourde qui régnait sous la Réaction Nationale, ainsi que l’horreur de certains crimes sur lesquels nous avons enquêté, j’ai choisi un mode de narration que j’espère délicatement humoristique. Il est vrai que certaines situations de ma vie rue Cuvier s’y prêtaient particulièrement.

CS : Comme l’épisode du Polis, « la boisson pour les jeunes réactionnaires dans le vent » ?

AN : Oui, par exemple.

CS : Enfin, le mystère ?

AN : J'ai décidé de sélectionner nos enquêtes les plus excitantes. Mais pour la première d'entre elles, je n'ai pas eu le choix, car je désirais aussi évoquer ma rencontre avec Albin Canin. Mais croyez-moi, Les suicides étaient presque parfaits ne décevra pas le lecteur avide de rebondissements et de dénouement inattendu. Sur ce dernier point, j'ai fait très attention de lui fournir tous les indices susceptibles de le conduire à la vérité. Il faillira sans doute, comme ce fut mon cas à l'époque, du moins jusqu'à un accès de colère salutaire... Chacun pourra ainsi pleinement apprécier le génie d'Albin Canin, qui sut démêler l'écheveau de cette complexe et sordide affaire.

 

À suivre…

Liens:

Page d'accueil du roman "Les suicides étaient presque parfaits" (en français)

Pages scientifiques de Clément Sire (en anglais/rapport scientifique en français)

Pages bridgesques de Clément Sire (en franglais)


Entretien réalisé le 20 avril 2006 (et 2106).